Non sans peine, on a découvert Phnom Penh

Les Philippines, c’est fini !

Nous voilà arrivés au Cambodge pour une petite semaine. On avait initialement prévu d’y passer un peu plus de temps mais on préfère finalement s’allouer une semaine de plus en Thaïlande, notre destination suivante.

Pour rallier Phnom Penh, la capitale où nous passerons trois jours, nous avons choisi l’avion. On décolle depuis Puerto Princessa sur Palawan avant de faire un premier stop à Manille puis de passer la nuit à Kuala Lumpur. On arrive finalement à Phnom Penh au petit matin le lendemain.

Phnom Penh : deux mondes, deux ambiances !

A la découverte du centre-ville de Phnom Penh

13 décembre 2017

On prendra un tuktuk (10$) à la sortie de l’aéroport qui mettra une petite heure pour nous amener à l’hôtel où on arrive déphasés ! Nous avions choisi la Good Morning Guesthouse située en plein centre afin d’être facilement mobiles pour visiter la ville. La chambre n’avait pas de fenêtres mais était relativement propre. L’hôtel propose quant à lui de la nourriture de qualité mais payante même pour le petit dej. Pour 11€ la nuit, y’a vraiment rien à dire.

Après une sieste bien méritée de 3 heures environ, on se dirige donc dans le centre-ville afin de découvrir ce que Phnom Penh va nous offrir. On découvrira notamment le fleuve Mékong que l’on n’avait pas vu au Vietnam mais qui traverse la ville et quelques hauts lieux de la capitale comme la place de l’Indépendance et les abords du palais royal. La ville est très animée en soirée avec des cours de fitness. Beaucoup de gens dans les rues se promènent en famille. On ne s’attendait (vraiment) pas à ça. La ville est très propre et on se sent en sécurité dans l’ensemble. Les bâtiments centraux sont extrêmement bien entretenus et donnent envie de se perdre par là.

La place de l’indépendance à Phnom Penh

On bouclera la boucle par un stop dans un resto du coin où nous boirons notre première pinte à 0,5$ (ici tout se paie en dollars et la monnaie se rend dans la monnaie locale : le Riel). Dans les faits, on retire en dollars dans les distributeurs et on essaie de payer les petites dépenses (resto, bières) en Riels car la plupart du temps, la conversion en dollars n’est pas intéressante.

Le Wat Phnom et les pickpockets

14 décembre 2017

le lendemain, on démarre par une consultation chez le médecin pour Marghe qui est en pls depuis quelques jours pour diverses raisons. On trouve un cabinet exceptionnel (tenu par un médecin français). Il s’agit du Cabinet Médical Français qu’on vous recommande chaudement si besoin. Notre assurance a bien entendu tout remboursé et Marghe a été bien soignée :D.

On y passe tout de même un bon morceau de la matinée et on décide par la suite de se diriger vers l’un des temples les plus connus de Phnom Penh : le Wat (pour temple) Phnom. Construit au 14e siècle mais reconstruit au 20e, le Wat Phnom est situé dans un petit parc très sympathique. On y croise peu de monde et l’entrée y est payante (1$) par personne. La visite du temple est en elle-même assez courte et on passera un peu de temps dans le parc.

Le Wat Phnom et ses défenseurs

Tout se passe donc plutôt bien jusque-là et nos estomacs commencent à se réveiller. En recherchant un resto à proximité du temple sur l’excellent maps.me, on tente de me voler mon téléphone à l’arraché. Deux gars se sont approchés hyper rapidement en scoot de nous. J’ai à peine le temps de tourner la tête pour voir le bras du gars de derrière se tendre et tenter d’arracher mon téléphone. Malheureusement pour lui, ma poigne de fer l’empêche de commettre son larcin. En revanche, ça me rend bougon et je me souviens de l’avoir insulté en français dans la précipitation.

Ça nous a un peu secoué. C’est la première fois que cette situation nous arrive depuis le début de notre voyage et ça nous incite globalement à redoubler de prudence et de vigilance. Le Cambodge reste un pays assez pauvre et il vaut mieux éviter de montrer trop de signes extérieurs de « richesse ».

La vie continue et on n’a pas fini d’être secoué avec la visite suivante.

S21, les camps de torture version Khmer Rouge

On se dirige en effet vers la prison S21. Cet ancien lycée a été transformé en prison secrète par les Khmers rouges lors du « règne » de Pol Pot dans les années 70. Le régime avait en effet créé 190 prisons partout dans le pays où étaient enfermés les opposants au régime : intellectuels, professeurs, artistes, opposants ou simples gens des villes, porteurs de lunettes (oui oui) ou anciens membres du régime trahis.

Il est en effet important de comprendre que l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges a impliqué une transformation profonde du Cambodge et de sa population, qui, à la fin de la dictature avait été réduite de 20% soit 1,7 millions de Cambodgiens assassinés de manière tout à fait arbitraire. On vous recommande de découvrir le projet de Pol Pot pour comprendre à quel point cet homme (et ses sbires) étaient tarés et complètement impréparés au pouvoir.

Les gardiens de S21, gérés par « Douch » (ça ne s’invente pas) ont massacré 14 000 personnes dont des enfants et des étrangers après leur avoir fait signer des aveux de culpabilité sous la torture.

On arrive donc sur le site en tuk tuk et on prend le ticket avec audioguide (que l’on recommande fortement, dans le cas contraire la visite perd à notre avis tout son sens). Le ticket coûte 8$ par personne.

On se dirige dans le parc où l’on découvre les bâtiments de l’école qui nous entourent de 3 côtés. Ils sont dans « leur jus » c’est-à-dire que tout a été laissé tel quel depuis que le camp a été délivré par les forces vietnamiennes et cambodgiennes à la fin de la dictature. Du fil de barbelé fait office de façade (l’audioguide nous explique que c’est pour empêcher le suicide des détenus qui tentaient avant de sauter du 2eme étage) et on sent déjà une ambiance de mort et de malaise.

S21 – Premier bâtiment

La visite du premier bâtiment est faite de salles de classes qui étaient pour l’occasion des salles d’interrogatoires ou plutôt de torture. Là, un lit (encore en place dans chaque salle) est placé et l’interrogatoire démarre. A coups de décharges électriques, d’arrachage d’ongles, simulations de noyade ou d’autres techniques de tortures hyper barbares, les matons déchaînent leur violence sur des personnes coupables d’office et chargées de rédiger leurs aveux.

Dans chaque pièce, on retrouve une photo prise le jour de la libération de la prison où un cadavre est allongé sur le lit, visiblement affamé et victime de torture. Très choquant, le premier étage est le début d’une longue série d’atrocités qui font office de devoir de mémoire à une très jeune population cambodgienne. En raison des massacres opérés dans les années 70, la population cambodgienne est très jeune et n’a pas vécu la période de règle de Pol Pot.

On a pas tellement envie de sourire. De toute manière c’est interdit…

Au second étage du premier bâtiment, on découvre de grandes salles de classe où étaient alignés en rangs d’oignon beaucoup de prisonniers. Ils étaient tous attachés les uns aux autres et devaient être soit tous couchés en même temps soit tous dos contre le mur en même temps. L’hygiène était très rudimentaire avec une douche prise « quand les matons y pensaient ». En guise de douche, un tuyau d’arrosage à travers la fenêtre. Les rations de nourriture étaient évidemment très faibles (l’ensemble du pays était nourri collectivement par des rations misérables compte tenu des faibles récoltes et de l’absence totale d’intelligence de Pol Pot).

Au 3ème étage, on trouve des cellules individuelles en bois de 2m² environ où les détenus pouvaient être surveillés à chaque instant et battus par les matons s’ils faisaient « trop de bruit » (i.e. S’ils bougeaient). Ces cellules étaient en tout et pour tout pourvues d’une gamelle métallique qui servaient aux détenus pour leurs besoins naturels et … c’est tout. Les détenus étaient attachés par un lien à même le sol et pouvaient parfois être deux par cellule. On passe rapidement à cet étage car il ne s’agit que de ces cellules et on est déjà bien dégoûtés par l’humanité à cet instant.

Le second bâtiment fait la part belle aux portraits et aux outils de torture utilisés par les soldats en charge d’interroger les victimes. A l’extérieur, on passe devant une sorte de gibet qui servait aux tortionnaires pour attraper les prisonniers par les pieds afin de les étouffer dans du fumier pour les faire passer aux aveux.

On découvre des salles entières de photos d’enfants, d’adolescents et d’adultes de plusieurs nationalités : il s’agit là des personnes tuées pour la plupart (chacune était photographiée), ou bien des matons, souvent adolescents et endoctrinés par le régime. Ces cerveaux éponges n’avaient aucune limite dans les sévices qu’ils pouvaient infliger. On y voit autant de garçons que de filles. Un coin est destiné aux responsables du camp qui n’ont pas exprimé énormément de remords à la fin de la dictature. Pol Pot a par ailleurs continué à vivre une vie paisible jusqu’en 98 où il est officiellement mort d’une crise cardiaque. Le procès de Douch, quant à lui, a démarré en 99 (quasiment 20 après les faits) et il a tenté de se dédouaner au maximum en disant qu’il n’était pas responsable et qu’il ne faisait qu’obéir aux ordres. Il a été condamné en 2012 (!) à la perpétuité mais il avait déjà 69 ans à l’époque.

Les étages supérieurs étaient réservés aux archives et nous arrivons donc au 3ème bâtiment qui rend hommage à quelques prisonniers remarqués du centre S21. On repart par le parc central où l’on découvre un monument rendant hommage aux prisonniers et victimes du centre. Seules 200 personnes ont survécu à cet enfer dont 7 libérées de la S21 qui n’ont pas eu le temps d’être assassinés par les matons en déroute.

Du barbelé à tous les niveaux pour éviter les évasions et tentatives de suicide.

Cette visite nous a profondément marqué et n’est que la première partie de la commémoration du génocide des Khmers qui ont détruit le Cambodge en 4 ans. Après avoir intégralement vidé les villes et désorganisé l’ensemble du pays, la guérilla prendra le relais dans les années 80 où les rebelles (soutenus alors par la Thaïlande) et le nouveau gouvernement Cambodgien (soutenu par le Vietnam et le Laos) s’affronteront et mineront le sol de plus d’un million de mines anti personnelles dont les campagnes sont encore truffées. Le calme ne revient qu’au début des années 90 avec l’intervention de l’ONU.

Ces 20 années de perdues en plein essor de la zone sud-asiatique ont fait un tort considérable au développement du pays qui est devenu entre-temps l’un des plus pauvres du monde et 143e classé à l’IDH (sur 196) classant à des niveaux similaires qu’au Bengladesh ou en Zambie par exemple.

On rentre de cette journée donc bien secoués, et on ne visitera pas les Killing Fields, où les Khmers rouges se sont adonnées à des massacres nombreux à coup de pierres et autres saloperies.

Au palais royal, ambiance de vandale !

15 décembre 2017

Après une journée riche en émotion, on décide de partir à l’assaut du palais royal. Le Cambodge est en effet une Monarchie constitutionnelle. Depuis 2004, il s’agit du célèbre Norodom Sihamoni. Le roi n’exerce aucun rôle si ce n’est celui d’« unifier le peuple ». Le pouvoir est en effet réservé au parlement qui n’est en fait qu’un panier de crabes.

Le pays, de 15 millions d’habitants, compte en effet 55 ministres (22 en France par exemple), 179 secrétaires d’État et un nombre incalculable de sous secrétaires. Ces rôles sont attribués aux amis du « Parti du peuple cambodgien » qui est en fait le parti qui contrôle réellement le pays. Le premier ministre est d’ailleurs le même depuis 1985 !

Bref, on s’est rendus au Palais Royal et il était très beau ! En cherchant l’entrée pendant 20 bonnes minutes comme des ouin-ouin, on tombe devant un poster géant de Michel Drucker ou d’un de ses sosies officiels où des nuées de pigeons nourris par les miséreux (vraiment) aux alentours du palais.

Michel vous salue !

Une fois délestés de 10$ chacun, on pénètre dans l’enceinte assez magnifique du palais. On y trouvera divers bâtiments ayant leur utilité distincte et on y passera un moment sous la chaleur écrasante de Phnom Penh. Certaines salles sont visitables et on découvrira notamment la vaisselle du royaume on passera un moment agréable même si un guide aurait pu être pertinent pour cette visite.

A 10$ l’entrée, on trouve ça quand même un peu cher ! Attention aux horaires d’ouverture « particuliers » du palais royal. Il ouvre le matin de 8h à 10h30 puis de 14h à 17h. Il ne faut donc pas se rater ! La visite dure bien une grosse heure et demie. Un plan est remis à l’achat des billets mais ne sert pas à grand-chose en l’état !

Angkor Wat au premier plan, des moines et un bout du palais au second plan. Pas mal hein ?

Phnom Penh, c’est fini !

16 décembre 2017

C’est déjà la fin de notre découverte de Phnom Penh et on a acheté un billet pour Siam Reap et ses fameux temples à l’hôtel. Celui-ci nous a coûté 20$ pour deux et nous permettra de découvrir Angkor Wat et les centaines de temples voisins du monastère d’Angkor. Si ça vous botte, n’hésitez pas à découvrir l’article de Marghe sur nos 3 jours sur place !